S’il est constaté que les cultures s’interpénètrent, et s’influencent réciproquement dans l’espace, ceci est dû à l’homme en tant que acteur véhiculant cette culture. De là, on ne peut dissocier le phénomène culturel de l’homme… et si la toponymie est culturelle, elle est donc le domaine où se rencontrent les cultures. Chez nous, en Afrique du nord, l’histoire souffre des conséquences découlant de la toponymie, car l’histoire a voulu qu’il y soit deux cultures qui se disputent la légalité. La culture amazighe, et la culture arabe.
Si le conflit est de taille, c’est parce que l’amazighité tient toujours et se défend pour jouir de sa spécificité comme toutes les entités, et la culture arabe, plus forte tend à s’imposer et l’effacer progressivement dans l’espace géographique puis dans les esprits. Ce conflit entre les cultures se traduit par les dénigrement ou falsification volontaire des noms des lieux. D’ailleurs, tout le monde se souvenait de la fameuse de la traduction osée du journaliste algérien du nom de « guada lajara » en « oued el hidjara », et croyant que c’est permis de jouer avec les noms des villes des autres, comme ça se fait chez nous.
Ce sujet tant important pour la survie de notre identité, mérite un effort pour restituer à tamazight ce qui lui est propre.
C’est ce que nous espérons faire avec l’aide de Dieu.
Commençant par : La capitale !
« Alger » ou « el- djazaïr » ou bien encore « Argel ».
D’emblée, en voit surgir la multitude des noms de cette ville. Elle n’a pas de nom fixe, chaque nation l’appelle par le nom qui lui plait. Les français, les arabes, et les espagnoles la nomment différemment.
Peut-on trouver une explication à ça ?
Cache-t-on le vrai nom de cette ville?
Pourquoi ?
Si le terme « Alger » ne signifie rien, ni en arabe ni en tamazight, il est une appellation pure française, pourquoi ce laisser appeler notre capitale comme plait aux français ? Accepter que l’on nous appelle par plusieurs noms, ne serait pas être désintéressés et non concernés ?
Pour le deuxième nom, « el-djazaïr », que l’on veut prendre pour appellation authentique. Selon l’interprétation arabophone, il signifie « îles » en arabe, « el-djazaîr » que cette ville a pris le nom d’îles qui se trouvaient non loin du rivage. Si on se laissaient des fois parler d’une seule île, on se demanderait quand même pourquoi ne l’a-t-on pas appeler simplement « el-djazira » ?
Dans les écrits en langue arabe, on l’appela déjà par plus d’un nom. Comme « el-djazaïr », « djazaîr des beni mezghenna » « dzayer », et même de « djazaïr el gherb » au temps de la régence turque.
Tout ça n’est que pure et stériles spéculations. Car si on considère l’appellation espagnole et l’histoire des beni mezghenna, qui ne sont historiquement que « les mizrana » ou ceux de mizrana, on devinera peut être l’appellation authentique de cette ville.
« Argel » serait plus authentique que le nom « Alger », parce que le premier porte un sens dans la langue de ceux qui l’eurent érigée. Il ne serait que « ar eg il » qui a donné par retranscription le mot « argel ». et qui signifie « morse » ou le lion de mer.(ar=lion, eg=de, il=mer). Jusque là on a découvert une partie du nom qui constitue ce qui deviendra « el-djazaïr ».
Comme le nom de Bologhine ben Ziri ben Mennad de la tribu des « azennaguene » qu’on arabisa en « senhadja », ne peut être nié, c’est à cette famille des ath « ziri » que cette ville doit son nom. Fondée par les ziride au Xème siècle.
Le mot « ar eg il » qui donna en français « alger », ajouté au nom des ath « ziri » donnera forcément « ar eg il n ath ziri » qui donna ensuite les qualifiant tels que « azayri, aziri, adziri, adzayri, edzziri, et enfin dans les temps plus récents le mot djazayri…. »
Pour quoi un algérois se retrouve dans les premiers qualifiants et non dans le tout dernier ? On comprend que Djazayri veut dire algérien et les premiers qualifiant veulent dire algérois.
Parce que la réalité et le sens persistent dans l’esprit de l’algérois, pour ne pas parler de l’inconscient social ou collectif.
Pour clore le sujet, « ar eg il n ath ziri », prononcé dans la langue arabe doit prendre, la forme et la spécifité phonétique qui lui sont propres. Et que c’est ainsi que finit le conte. Notre capitale, que Dieu la garde, prend aussi de noms que de langues au monde. C’est les autres qui décident par quel nom va-t-on se nommer. Comment appelle-t-on Alger dans la langue des Inuits?
Laouchedi hamid
16/11/2008